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31 mars 2015 2 31 /03 /mars /2015 16:52
Exploitation du gaz non conventionnel (Gaz de Schiste) Mars 2015

Exploitation du gaz non conventionnel (Gaz de Schiste) Mars 2015

le forage horizontale suivie de la fracturation hydraulique 2015

le forage horizontale suivie de la fracturation hydraulique 2015

EXPLOITATION DU GAZ DE SCHISTE
EXPLOITATION DU GAZ DE SCHISTE

Dans cet entretien, l’expert industriel Monsieur Hamid Ali Kara explique les différentes techniques pour l’exploitation du gaz de schiste, ainsi que les mesures à prendre pour éviter le risque industriel. Selon lui, le gaz de schiste, c’est pour plus tard, pour les générations futures, dans 20 ou 30 ans. Mais il faut y penser dès maintenant. Evoquant le sujet de la formation sur le management des risques, M. Ali Kara suggère d’inclure de façon stratégique des spécialités auxquelles notre pays est en insuffisance et d’ajouter des modules en management du ou des risques pour les futurs ingénieurs et masters ou même pour les doctorats.

Reporters : L’exploitation du gaz de schiste ne cesse d’alimenter les débats et continue de dominer l’actualité nationale. En tant qu’expert des risques industriels, comment, à votre avis, maîtriser le risque industriel dans l’exploitation du gaz de schiste, aussi bien sur l’homme que sur l’environnement ?


Hamid Ali Kara : Tout d’abord, il faut savoir et informer les citoyens ou encore les parties prenantes dans les débats qu’une exploitation du gaz de schiste se fait actuellement de deux façons, nécessitant des additifs chimiques. La technique de la fracturation hydraulique a été mise au point dans les années 1940 pour « stimuler » des réservoirs de mauvaise qualité. Cette technique consiste à injecter sous de très fortes pressions (plusieurs centaines de bars pour des objectifs situés entre 2 000 et 3 000 mètres de profondeur) un fluide de fracturation composé d’eau, d’agent de soutènement (sable) visant à éviter que les fissures ne se referment et d’additifs chimiques. La fracturation hydraulique est également utilisée dans les forages destinés à la production d’énergie géothermique – c’est la méthode la plus utilisée aux Etats-Unis. C’est la plus onéreuse et la plus néfaste pour l’environnement. Mais deux problèmes se posent, selon les écologistes et les opposants au gaz de schiste. Cette technique de forage consomme entre 10 000 et 20 000 mètres cubes d’eau. Ensuite, l’eau utilisée n’est pas «pure», elle contient de nombreux additifs comme du sable très fin ou des substances pour tuer les bactéries se nourrissant de gaz, etc. Des études montrent que ces substances seraient toxiques. Les écologistes assurent qu’elles peuvent s’infiltrer dans les nappes phréatiques. L’exploitation intensive du gaz de schiste par fracturation hydraulique a provoqué des catastrophes écologiques aux Etats-Unis. En Algérie, on ne devrait jamais exploiter le gaz de schiste comme il l’a été fait aux Etats-Unis. En Europe, ce type d’exploitation est tout simplement interdit depuis 2011.

L’autre technique, c’est le forage horizontal, développé dès les années 1970. Elle permet de traverser la couche argileuse contenant du gaz sur une grande distance de 1 à 2 kilomètres pour la partie horizontale du forage. Elle remplace le forage de plusieurs puits verticaux et augmente le volume de drainage du puits. Afin d’améliorer la productivité du puits et de rendre la production de gaz – principalement méthane – économiquement rentable, il est aussi indispensable de réaliser une fracturation hydraulique. Aussi, pour l’exploitation du gaz de schiste, les additifs chimiques représentent environ 0,5 % des liquides de fracturation – le reste est de l’eau à plus de 90 % et du sable. On va retrouver des gélifiants permettant de mieux transporter le sable en suspension, des produits facilitant le passage de l’eau et du sable, par exemple en réduisant la tension superficielle de l’eau, des produits visant à prévenir les émulsions (eau et huile), des inhibiteurs de corrosion ou encore des antibactériens. Une partie du savoir-faire des exploitants repose sur la composition de ces additifs (composition maintenue secrète, car aux Etats-Unis, la réglementation n’impose pas de rendre publique la liste des produits chimiques utilisés). Ces additifs sont riches en sels corrosifs et en produits cancérigènes. Il est très important, et il faut le souligner, que le bilan carbone des forages de gaz de schiste est très négatif, surtout si l’on prend en compte non seulement le CO² issu du gaz extrait, mais aussi de la quantité de méthane – méthane CH4 – qui fuit vers l’atmosphère lors de l’extraction, qui est très néfaste pour la couche d’ozone.

Mais qu’en est-il des risques réels sur la santé humaine et environnementale ?


Je reviens ici à votre question sur les risques industriels et les risques associés à la production des gaz de schiste, qui doivent être correctement contrôlés. Pour notre cas, ils sont doubles : pollution des sols et des nappes phréatiques et risque sismique. Ce sont les risques classiques auxquels sont confrontés quotidiennement, depuis plus d’un siècle, les techniciens des métiers de l’extraction du pétrole et du gaz. Cependant, ces risques, en se rapprochant des zones habitées, prennent, avec les gaz non conventionnels, une dimension particulièrement sensible. La contamination des nappes d’eau potable peut être provoquée par la perte de contrôle des fluides de fracturation (en profondeur, le long du puits ou en surface où ils sont stockés), par le gaz lui-même, d’autres constituants (organiques ou minéraux) provenant du sous-sol et éventuellement par les produits chimiques utilisés. Pour éviter cette pollution, les tubes en acier destinés à conduire les fluides et les gaz sont cimentés sur les premières centaines de mètres du puits, là où les nappes phréatiques peuvent être traversées par le forage vertical.

Dans la partie de fracturation horizontale, des technologies géophysiques permettent de suivre en temps réel la propagation des fractures et de détecter la présence éventuelle de failles. La fracturation hydraulique nécessite ponctuellement une grande quantité d’eau, ce qui peut aussi générer des conflits d’usage important et grave dans le Sud algérien. Pour réunir les micro-poches en une unique poche de gaz, un explosif est détonné pour créer des brèches : c’est un petit tremblement de terre. Selon le Centre britannique des tremblements de terre, il existe un lien démontré entre fracturation hydraulique et tremblements de terre. Une société d’exploration dans le nord-ouest de la Grande-Bretagne, en juin 2011, a dû interrompre ses travaux en raison de plusieurs séismes de magnitude 1,5 à 2,3 sur l’échelle de Richter. Des incertitudes existent concernant l’importance du risque sismique induit dû aux pressions élevées du terrain et sous l’effet d’une pression hydraulique plus importante, couplées à des profondeurs et aux comportements en profondeur des fluides de fracturation. Les forages induisent des remontées de métaux lourds ou fluides, conduisant à des toxicologies (santé humaine) et éco-toxicologies (écosystèmes) : mercure, acides, sulfures d’hydrogène… Particules et fluides (liquides, gaz) remontés lors du forage et avec le gaz et les condensats.

La ministre de l’Aménagement du territoire et de l’Environnement, Mme Dalila Bou djemââ, a rassuré que l’exploitation du gaz de schiste, qui fait débat en Algérie, se fera avec de nouvelles technologies qui seront sans danger pour l’environnement. Est-ce possible à votre avis ?


De façon très objective et sans prise de position dans les débats, nous pouvons dès à présent dire que le gaz de schiste, c’est pour plus tard, pour les générations futures, dans 20 ou 30 ans, mais il faut y penser dès maintenant. De nouvelles technologies, oui c’est bien, mais ce ne sera sûrement pas pour demain, car aujourd’hui il n’y a pas d’autre nouvelle technologie dans l’exploitation du gaz de schiste. Notre pays est actuellement au stade des études préliminaires. Une fois les études de faisabilité terminées, l’entrée en exploitation des sites devra être effective pour deux bonnes raisons. L’Algérie est aujourd’hui à la croisée des chemins, elle doit faire un choix dans le domaine de l’exploration et l’exploitation des énergies nouvelles tant pour ses besoins internes que pour maintenir ses exportations, le besoin vital pour l’effort de développement de notre pays. Les réserves des ressources fossiles conventionnelles qui ont constitué jusqu’à présent l’essentiel des besoins internes et des revenus s’épuiseront à court ou à moyen terme, dans les 15 à 30 ans si ce n’est pas plus tôt.

Le développement des énergies renouvelables comme source alternative est une priorité, et la maîtrise d’énergie constituerait un renfort. Le gaz dit « non conventionnel » peut assurer la transition énergétique, nécessairement pour une durée assez longue, avant l’avènement technologique et économique des énergies renouvelables. Ce choix, engageant l’avenir du pays en matière d’énergie, ne devrait pas constituer une aventure qui mettrait en péril les générations futures et même les générations actuelles. La participation de la communauté intellectuelle, des experts en environnement, avec les acteurs du développement durable est plus que nécessaire. Le souci du devenir de notre pays doit l’emporter sur « l’irréflexion tactique ou stratégique » qui consiste à consommer sans aucune retenue les richesses et compromettre le devenir des générations futures. Chez nous, il y a deux tendances bien distinctes les anti et les pro-gaz de schiste. Le principal argument invoqué par les anti gaz de schiste est l’impact potentiel sur l’environnement en raison de son mode d’extraction, la fracturation hydraulique. Cette technologie, la seule qui permette aujourd’hui d’extraire pétrole et gaz de schiste, est devenue l’objet de toutes les peurs. Cette technique est pourtant pratiquée par l’industrie pétrolière depuis la fin des années 1940. On lui reproche l’immense quantité d’eau nécessaire de 10 000 à 15 000 m³ par puits – l’équivalent de 4 piscines olympiques - mais aussi les risques de pollution des nappes phréatiques et des rivières. Ou encore le nombre important de puits nécessaires et leur impact sur les paysages. A cela, il faut ajouter le manque de transparence sur les ajouts et additifs chimiques utilisés. Enfin, nous terminerons sur les coûts des installations, des investissements à réaliser, qui restent malgré tout vraiment disproportionnés pour le rendement qu’il devra donner. Nous devrons payer le transfert technologique à l’étranger. Plusieurs études publiées par la Commission européenne remettent en cause l’exploitation des gaz de schiste. Le rapport publié par la Direction générale de l’environnement de la Commission européenne montre que son exploitation s’avère plus polluante que l’exploitation avec les méthodes traditionnelles. Et selon le rapport du Centre de recherche commun (JRC), qui a planché sur la sécurité énergétique européenne, l’exploitation des gaz non conventionnels ne procurerait pas à l’Europe l’indépendance en gaz naturel. Une étude américaine a également récemment révélé une contamination des puits d’eau potable à proximité de sites de forage de gaz de schiste aux États-Unis. Pour les pro-gaz de schiste, leur exploitation ouvre des perspectives économiques immenses, en termes d’emplois et d’impact sur les prix de l’énergie notamment. Les emplois potentiels : le secteur des hydrocarbures non conventionnels est un grand générateur d’emplois. Un organisme spécialisé dans la prédiction économique, IHS Global Insight, rapporte que le développement des gaz de schiste aux Etats-Unis a contribué à la création en 2010 de 600 000 emplois directs, indirects et induits, et devrait générer quelque 80 000 emplois à l’horizon 2015. En Algérie, on peut estimer à environ 50 000 le nombre de création d’emplois pour ce secteur. Une moindre dépendance énergétique : d’après l’Agence américaine d’informations énergétiques (EIA), l’Algérie recèlerait pas moins de 200 000 milliards de mètres cubes de réserves, d’où seuls 19 800 milliards m³ sont récupérables en gaz de schiste. L’Algérie est ainsi propulsée à la 3e place mondiale par ses réserves de gaz de schiste, devancée par la Chine avec des réserves de 31 220 milliards m³ et de l’Argentine avec 22 500 milliards m³. Aussi, une baisse des prix de l’énergie : la production de gaz de schiste a été multipliée par douze sur le sol américain depuis 2000. L’exploitation des gaz de schiste aux Etats-Unis a entraîné un effondrement des prix et offert aux industriels un gaz trois à quatre fois moins cher qu’en Europe. Conséquence : l’Amérique regagne une part de compétitivité importante.

Sachant qu’à l’approche de la fin du pétrole, l’exploitation du gaz de schiste est indispensable pour l’économie du pays. Ne pensez-vous pas qu’il est temps de développer le management des risques en multipliant les instituts de formation dans ce sens ?


A travers l’ensemble du territoire national, des instituts existent et sont déjà là pour recevoir les étudiants. Ce qu’il faudrait, c’est plutôt d’inclure de façon stratégique des spécialités auxquelles notre pays est en insuffisance et d’ajouter des modules en management du ou des risques, pour les futurs ingénieurs et masters ou même pour les doctorats. Pour ce faire, il serait plus judicieux de faire appel à des experts algériens pour donner un tant soit peu de leurs connaissances aux enfants de ce pays.

Quelle est la relation entre la question du risque industriel et celle du développement durable ?
Les projets industriels et les stratégies quinquennales qui en découlent ont vocation à s’établir sur une longue durée. Mais pour ce faire, l’industrie doit se préoccuper de plus en plus de la préservation de son environnement immédiat. Car, d’un côté, on ne peut pas vivre durablement et sainement avec du bruit, des odeurs déplaisantes, un paysage dégradé, des sources de pollution altérant la santé et la nature et la sensation du danger ; et, de l’autre, l’industrie ne peut pas continuer à ignorer «son environnement» au sens d’entourage, à défaut bien entendu de l’environnement qui fonctionne à un autre niveau d’échelle. C’est-à-dire un territoire en tant qu’espace peuplé, sociabilisé et «écologiste» qui ne soit pas seulement un pourvoyeur d’externalités, un support d’activité, mais un territoire actif dans une approche systémique du problème.ob_c08965_02.jpg

S’interroger sur la façon de prendre en compte le risque dans une démarche de développement durable revient en somme à se poser la question du comment vivre durablement l’un à côté de l’autre sur un espace limité. Les rapports se posent donc en termes de proximité et de voisinage, ce qui est une manière de spatialiser le concept. L’enjeu est d’assurer à la fois la pérennité de l’industrie et son acceptabilité sociale. Dès lors, on peut s’interroger sur la visibilité du risque dans la mise en place des actions d’un agenda programmé dans le temps. N’est-il pas noyé dans un ensemble flou, consensuel, à durabilité d’autant plus faible qu’on a réduit le niveau d’échelle (du global au local), alors que le risque est par nature conflictuel ? Nous examinerons en première partie comment une nouvelle approche de la gestion des risques, qui prend en compte le territoire vulnérable et ses enjeux, permet d’envisager réellement le problème sous cet angle. Nous analyserons ensuite les stratégies industrielles en matière de gestion de l’environnement, des risques et du développement durable pour, en troisième lieu, se pencher sur les processus d’inscription du développement durable dans un territoire industriel « à risque », au travers de la mise en place de l’agenda applicable.

Quels sont, à votre avis, les pays qu’il faut prendre comme modèle pour maîtriser le risque industriel en Algérie ?


Nul pays ne peut être à l’abri d’un incident ou même d’un accident à haut risque industriel. Même si les pays que nous allons citer ont subi des incidents, nous pouvons dire qu’ils ont mis les moyens matériels avec les instruments inhérents (mise en place des procédures préventives, de formation en management des risques, de mesures de réduction des risques, etc.) à la prise en charge des risques industriels et, par voie de conséquence, ont réduit de façon très appréciée les risques. Donc à titre d’exemple, il y a la Grande-Bretagne, l’Allemagne et même le Japon.

L'exploitation du gaz de schiste 2015

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